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Crann Piorr'Art interview

L'interview 123 Art Magazine

Retrouvez l'interview (en anglais) de 123 Art Magazine en cliquant ici

L'interview C de l'Art

C de l'Art : Présentez-vous en quelques lignes: 

Je m’appelle Gilles Poirier et mon nom d’artiste est Gilles Crann Piorra (Poirier en Irlandais) ou Crann Piorr’Art. J’ai commencé à peindre en 1989 après une expérience infructueuse dans la musique mais j’ai toujours aimé dessiner. Avant de peindre, je faisais des petites BD sur mes collègues de travail et dans mon enfance, je dessinais sur mes livres de classe. J’ai suivi des cours de peinture classique puis en expression libre mais très vite, j’ai décidé de voler de mes propres ailes et de peindre ce qu’il y avait dans ma tête plutôt que de peindre des natures mortes, des paysages ou des portraits. L’abstraction m’a donné cette liberté d’exprimer ce que j’avais en tête sans suivre les codes restrictifs du réalisme. J’ai toujours privilégié l’huile comme médium car c’est avec celui-ci que je me sens le plus à l’aise.

 

C de l'Art : Choisissez une de vos œuvres et présentez-la et décrivez-la:

Je tiens à vous présenter Floods que j’ai réalisé en 2018, car c’est une de ces œuvres atypiques que l’on ne voit pas partout et qui est suffisamment représentative de mon style et ma technique. Floods est un diptyque en trois dimensions composé d’un tableau de 150cm de haut pour 120cm de large qui est disposé verticalement et d’un deuxième tableau de 120cm par 120cm disposé horizontalement. Le châssis est en lin et l’œuvre est peinte à l’huile comme la majorité de mes œuvres. L’idée de Floods m’est venue lors d’une visite à la Kilkenny Art Week en Irlande ou un artiste avait fait un tapis d’orient qui s’écoulait ainsi sur trois dimensions. Sur ce tableau, j’utilise un fond bleu avec des dégradés de bleu allant du bleu Indigo dans les parties les plus sombres au bleu gris mélangé à du blanc en passant par les bleus manganèse, outremer et cobalts. Le motif est une coulure arc en ciel qui tombe comme une cascade pour finir par s’étaler au sol. Sur tous mes tableaux, je contraste les tonalités de bleus avec des couleurs chaudes allant du violet magenta au vert pomme et en passant par les tons orangés et jaunes. Dans la partie verticale de ce tableau, on peut trouver une notion de relief, les parties claires du motif semblant sortir en avant par rapport aux parties sombres. Ce tableau est le premier polyptyque que j’ai réalisé, me donnant envie plus tard de réaliser mon immense polyptyque à 12 tableaux et de 21,70 mètres de long que j’ai nommé Colournoscopy et qui m’a pris deux années pour le terminer.

 

C de l'Art : Lorsque vous commencez une toile, avez-vous une idée précise de l’aboutissement souhaité ?

Lorsque je commence une toile, l’idée générale est déjà dans ma tête et de façon assez précise. Si cette idée n’est pas assez nette dans mon esprit, je réalise des esquisses plus ou moins évoluées au pastel ou au crayon aquarelle, jusqu’à que je sache exactement ce que je vais réaliser. Je sais également si je fais un fond bleu ou un fond dans les couleurs chaudes mais l’improvisation vient dans le détail des couleurs, sur les dégradés, l’endroit ou je fais rentrer la lumière et les endroits plus sombres. Je peaufine également les détails sur le vif en changeant parfois par rapport à mon idée initiale. Il faut aussi parfois savoir s’arrêter, quitte à remettre en question certains détails prévus initialement, si on trouve le résultat très satisfaisant.

 

C de l'Art : Si vous pouviez orner votre salon d’un tableau de maître, lequel choisiriez-vous ?

C’est très difficile de répondre à cette question tant il y a un nombre impressionnant de tableaux qu’il me ferait plaisir d’avoir. Et puis, cela souvent dépend de mon humeur du moment. Mais je serais vraiment ravi d’avoir un tableau de Joan Mitchell dans mon salon comme Edrita Fried fait en 1981. Joan Mitchell fait partie de ces artistes qui m’inspirent beaucoup même si ma peinture est différente. Cette artiste m’a donné l’envie de faire du grand voir du très grand et c’est en voyant ses œuvres ainsi que celles de son ami Jean Paul Riopelle que j’ai eu l’idée de faire mon polyptyque Colournoscopy. L’hommage rendu par Jean Paul Riopelle à Joan Mitchell « hommage à Rosa Luxembourg » a été déterminant. J’aurai aussi aimé avoir chez moi « Paris par la Fenêtre » de Chagall ou « Der Leichenzug, Widmung an Oskar Panizza » de Georges Grosz voir les deux, car je me suis inspiré de ces deux tableaux en 1990 pour réaliser la première œuvre qui allait définir mon style « Quiet town before the storm ». Et enfin pour finir, si on va beaucoup en arrière, je suis fasciné par Pieter Bruegel l’ancien et le tableau De Bruiloft Dans.

 

C de l'Art : Comment choisissez-vous vos titres ?

Je choisis toujours mes titres en anglais. Je vais faire hurler les francophiles mais j’ai la double nationalité Français et Irlandais et je tiens à ce lien vers mes autres racines d’adoption. Mes titres peuvent être un jeu de mot ou une variation autour d’un thème. Pour les tableaux comme Storm et Stormy Wave, ils font partie d’une série de tableaux de spirales et volutes commencé par le tableau Hurricane. J’avais nommé ce tableau à sa finition car j’étais en train d’écouter Hurricane de Bob Dylan et j’ai trouvé que le nom allait avec ce tableau. Par la suite, j’ai fait une série que j’ai nommé autour d’éléments météorologiques comme Storm, Tornado, Tsunami et Stormy Wave.

Pour ma dernière série, Cosmonoscopy, j’ai fait une variation autour du mot where. Nowhere, Anywhere, Elsewhere, Everywhere, Somewhere jusqu’à y ajouter des mots inventés mais se prononçant comme des mots existants comme HardWhere et SoftWhere.

Pour mon polyptyque Colournoscopy, l’idée était de lier la peinture à la musique, du coup j’ai utilisé des noms de morceaux de musique que j’ai déformé. Par exemple Bohemian Rhapsody de Queen a été changé pour Proletarian Rhapsody. Il m’arrive de décider le nom du tableau avant que le tableau soit réalisé. Je peux aussi le décider à la fin, selon ce qu’il m’évoque. Il n’y a pas vraiment de règles.

 

C de l'Art : Comment définissez-vous votre style ?

Je suis avant tout un coloriste car le choix des couleurs est primordial dans ma création. Je n’utiliserai jamais certaines couleurs ni certaines associations de couleurs. Par exemple, je n’utilise jamais le noir seul sur mes tableaux. Si j’utilise du noir c’est en mélange avec une autre couleur pour assombrir celle-ci mais le noir seul est absent de tous mes tableaux. J’utilise toujours des bleus dans une grande gamme de bleus en contraste avec des couleurs chaudes.

Après je peux dire que je suis un peintre abstrait mais pas complètement abstrait car j’ai souvent inséré des symboles surréalistes dans mes tableaux. L’abstraction symbolique ? Ça existe comme terme ? J’avoue ne pas prêter beaucoup d’importance aux termes utilisés dans le monde de la peinture. Moi, je suis quelqu’un qui raisonne à l’instinct, au visuel pur. J’aime ou je n’aime pas, ça me parle, ça me donne des émotions ou ça me laisse froid. Je peux passer complètement à côté d’un tableau admiré par le plus grand nombre et resté scotché devant l’œuvre d’un inconnu. Quant à l’histoire derrière, ce n’est pas cela qui m’importe le plus, c’est le ressenti que me donne le tableau. Je reste froid devant la Joconde par exemple alors que j’admire Night Watch de Rembrand. Pourquoi ? Je ne peux pas le dire. C’est juste un ressenti.

 

C de l'Art : Qu’est-ce qui vous a poussé à croire en votre art à un moment de votre vie ?

C’est avant tout le plaisir que j’éprouvais à le réaliser qui m’a fait croire en mon art. Car pour moi, c’est tout d’abord une affaire de passion. Si on ne met pas ses tripes dans ce que l’on fait, on ne peut pas y croire. Quand ça sort du plus profond de soi, on sait que l’on a accompli un grand tableau même s’il ne plait à personne d’autre. Il vient du fond du cœur et c’est ça le principal. Ensuite de là à franchir le pas pour le présenter aux autres, tout est une question de maturité. Il faut suffisamment avoir confiance en soi et ça ne vient pas instantanément mais avec une maturité suffisante dans la technique et le graphisme. Il faut assoir son style et ça ne vient pas tout de suite. J’ai eu l’envie d’exposer en 2013 alors que j’ai commencé à peindre en 1989 pour vous donner une idée. Enfin, le regard des autres, des proches et très proches tout d’abord comme mon épouse qui m’a beaucoup aidé, puis des amis et enfin des autres, tous les autres. Ne plus avoir peur de déplaire à certain et être sûr que l’on plaira à d’autres à partir du moment ou ce que l’on a fait nous a apporté énormément de plaisir, que cela vient du plus profond de soi, à partir de ce moment-là, il n’y a plus rien à craindre, ca finira par plaire à d’autres. Bien entendu, il y a énormément de moments ou l’on doute de soi, on n’est pas entièrement satisfait du résultat, on voit l’œuvre sous un œil différent du public car on voit les défauts, ce que l’on n’a pas réussi à faire, bref, tous ces détails que l’on voit en tant que créateur et qui ne sont pas perçus par les autres peuvent faire douter. Mais le retour du public lors des expositions me fait souvent regarder mes œuvres sous leur regard et alors ces doutes s’évanouissent.

© Copyright - Artiste: Gilles Crann Piorra.          Crann Piorr'Art ® est une marque déposée 

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